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 Les images du monde tremblant. 

  « Yurameki » de Kodo Chijiiwa

 

Le vent essaie d’écarter les vagues de la mer. 

Mais les vagues tiennent à la mer, n’est-ce pas 

évident, et le vent tient à souffler… non il ne tient

                                     pas à souffler, même devenu tempête ou bourrasque il n’y tient pas. (…) 

                               Henri Michaux, « Le vent », dans « La nuit remue »

 

J’ai pu découvrir le travail de Kodo Chijiiwa en 2019, lors des Rencontres Photographiques à Arles où le photographe présentait en off une sélection de photographies sur le monde végétal de Yakushima, une petite île au sud du Japon où l’artiste vit depuis 2003.  L’ été 2019 il a été également invité par le BZH Photo pour une résidence d’artiste en Bretagne sous l’initiative de Camille Gajate. K.Chijiiwa est aussi le co-fondateur de Yakushima Photography Festival. 

Son cycle intitulé « Yurameki » (« tremblement » en japonais) commencé en 2015 lors d’un typhon,  réalisé avec son Rolleiflex 2.8 F, en utilisant une double exposition. Ce cycle se poursuit toujours et désormais aussi en dehors du contexte des tempêtes, exprimant l’énergie créatrice de la nature: les métamorphoses végétales et minérales.

Le travail de K.Chijiiwa me semble proche de l’esprit des écrits de Junichirô Tanizaki où l’un et l’autre saisissent la chose elle-même et le halo qui l’entoure. A la manière d’un journal intime, une forme chère à Tanizaki, Chijiiwa enregistre les vibrations de la nature proche, la beauté d’un monde fugace dont la photographie garde seul la mémoire.  

Tel « un marin terrestre » il plonge littéralement dans la fureur des éléments déchainés et marche au hasard secoué par les rafales et les embruns de la mer qui brouillent le paysage. Arpenteur des grands vents il a du mal à rester debout, il doit lutter pour conserver son équilibre et ne pas se laisser emporter. Il se livre corps et âme aux convulsions de la nature. Conscient de sa fragilité mais habité par des moments de grâce, il accueille ces phénomènes météorologiques comme des manifestations de la vie ici et maintenant.

K. Chijiwa fixe dans ses photos les énergies variées exprimant visuellement les forces élémentaires qui incarnent la vie : feu, air, terre et eau sous forme de liquide ou de neige. Le photographe est à la source primordiale de toutes ces énergies conjuguées des mondes combinés, animaux, végétaux, minéraux.  

 

Ainsi dans ses photographies figurent  l’importance des nuées et des éclaboussures de la mer, où l’air et l’eau fusionnent et se combinent pour donner naissance à un nouvel état de la matière, sorte de « spray » océanique formé de différents éléments conjugués, par une violente synergie de vapeurs d’eau, de vent et de mer transformés en éruption volcanique.

A travers son regard on voit des rayons surgir et disparaître sans cesse comme un soupir de la mer à sa surface désagrégée. En parvenant à dompter visuellement ce souffle, K. Chijiwa capte la respiration de la vie comme un ordre poétique dans un désordre apparent. 

Il photographie aussi les traces laissées par la mer lorsqu’elle se retire après ses furies. Fonds marins fantastiques qui laissent des craquelures visibles sur le sol à marée basse, comme les signes avant coureurs de constructions à venir pour de futures sociétés humaines. (Gata, 2021)

Des affleurements étranges surgissent de sols cachés par la neige, paysages singuliers dessinant des calligraphies végétales et mettant en évidence des correspondances entre le monde céleste et le monde terrestre.

« Le temps des végétaux: ils semblent toujours figés, immobiles. On tourne le dos pendant quelques jours, une semaine, leur pose s’est encore précisé, leurs membres  multipliés. Leur identité ne fait pas de doute, mais leur forme c’est de mieux en mieux réalisée. » 

 Francis Ponge, Le parti pris des choses

 

Le regard de Kodo Chijiiwa sur le monde végétal amplifie ses mouvement silencieux et rend visible la puissance cachée de sa vie interne. 

De simples rochers enregistrent des formes  et des surfaces travaillées par des micro-organismes datant des temps immémoriaux, traces de végétaux disparus, paysages abstraits sculptés par le vent. Strates de mémoire superposées, représentations figées qui nous questionnent sur l’étendue originelle de la mer en remontant l’échelle du temps. Ici la mémoire du temps se déroule à la vitesse d’un kaléidoscope tourbillonnant. 

Le photographe nous questionne sur la signification du temps.  Il témoigne que la nature est une vibration unique où l’homme et l’univers sont solidaires et que tout est lié et uni dans la multiplicité du vivant.

Ces interactions incessantes entre les énergies naturelles, les mouvements du corps physique se traduisent en images par des traces photographiques vibrantes comme si leur texture et leur substance avaient été rendues flexibles après avoir été absorbées par les vents. 

 

Kodo Chijiiwa nous convie à des traversées dans les incessantes métamorphoses de la matière afin de nous faire entendre l’acuité du silence.

 

Witten by Yolita Rene ( Art historian, Independent Curator)  on 9lives magazine. 2021/5/21

Kodo Chijiiwa was born in 1976, in Saga, Japan and has resided in Yakushima since 2003. After he graduated from Tokyo Design Academy, in the Illustration Career Course in 2000, Kodo participated in Nobuyoshi Araki’s portrait project as a model. He decided to become a photographer after being fascinated by Araki’s process of making one piece of photography. In 2006, Kodo studied DPE at the Manuel Alvarez Bravo photography school workshop in Oaxaca, Mexico. In 2008, after working as an assistant of Iris Janke, he had his first solo exhibition and worked as a freelance photographer in Berlin, Germany. Kodo returned to Japan to participate in various exhibitions and photo productions in his home country. In the Fall of 2014, Kodo encountered a French photographer, Antonin Borgeaud, in Yakushima, Japan. Then in 2015, the two photographers founded the Yakushima Photography Festival (YPF) along with Art Director, Cleo Charuet. They organized the first Yakushima Photography Festival in October 2015. In November of that year, during Paris Photo, YPF won the best gallery award at Photo Doc, Paris, France. YPF has also received many positive reviews when they exhibited the YPF gallery during : Les Rencontres de la photographie d’Arles 2016 & 2017&2018.  In 2018, Exhibited at International Photo Festival Incadaques (Cadaques, Spain) from YPF and also Kodo was invited as a portfolio reviewer at Rokkosan International Photo Festival (Kobe, Japan) from YPF.

In 2019, Kodo was invited as the first artist in residence photographer of BZH PHOTO to be held at Loguivy de la Mer located in Brittany France, and exhibited in July of the same year. 

千々岩孝道は1976年に佐賀県に生まれ、2003年より屋久島在住。2000年に東京デザインスクールイラストレーション学科キャリアコースを卒業後、2003年写真家荒木経惟氏のポートレイトプロジェクトに被写体として参加。写真を通して一枚の作品を創り出すまでのプロセスにひきこまれたのが始まりで写真家を志す。2006年メキシコに渡りオアハカにあるManuel Alvarez Bravo photography school workshopにてDPEを学ぶ。2008年ドイツ ベルリンにて写真家Iris Jankeのアシスタントを務めた後、自身初の個展を開催しフリーランスフォトグラファーとして在独。帰国後、制作活動や個展等の芸術活動に勤しむ。2014年秋フランス人写真家Antonin Borgeaud氏と屋久島で出会い交流を深め、アートディレクターにCleo Charuet氏を迎え、2015年Yakushima Photography Festival(YPF)を設立。10月に第一回屋久島国際写真祭を開催する。11月 フランスパリで開催されるParis Photo期間中にあるPhoto Doc,にてYPFブース出展の際、ベストギャラリー賞を受賞。2016年フランス アルルArles 2016&2017:Les Recontres d'Arles La Photography期間中にてYPFギャラリーを出展し、好評を得る。2018年にはInternational Photo Festival Incadaques(スペイン・カダケス)にYPFギャラリーとして展示参加し、同年、六甲山国際写真祭にてレビュアーとして招待を受け参加。2019年にはフランス・ロギヴィーデラメールにて第一回のBZH PHOTOアーティストインレジデンス作家として招待を受け、同年7月展示を行う。

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